Reprenons les événements dans l'ordre. En 2006, je rentre en école d'infirmière après 2 années de médecine qui me paraissent
"stressantes". L'IFSI à coté, c'est pépère: les cours sont pas biens compliqués (beaucoup de déjà vu pour moi), et pas (tous) obligatoires, la belle vie quoi!Et puis arrive le premier
stage!
Grande naïve que je suis je me dit que ça va être trop bien, et que je vais rencontrer pleins de gentils professionnels qui seront ravis
de m'apprendre tout leur savoir.Grave erreur. Faire de la plongée tout nu dans l'aquarium des requins serait à mon sens moins dangereux pour la santé que de se pointer dans certains services
hospitaliers avec l'étiquette "etudiante infirmière" sur notre blouse.
Car un service hospitalier comporte de nombreux codes qu'il faut apprendre et appliquer le plus rapidemment possible sous peine de
lynchage express sur la place publique.
Bah oui, c'est évident que si l'on croise les bras pendant 10 secondes (en attendant que les infirmières finissent de prendre le café),
ça veut dire qu'on est pas faite pour le métier, ou encore que si on ne pose pas 3 questions à la minute ça veut dire qu'on est pas motivés.Lors d'un stage, il faut non seulement regarder,
apprendre et soigner, mais il faut en plus faire extrêmement attention à ses attitudes (une main dans la poche et votre carrière entière peut être remise en question), à ses intonations, à ses
paroles car si une seule est mal comprise on devient alors la pire des insolente.Bienvenue donc dans le monde hospitalier, royaume du détail ingrat qui nous fera fusiller par les infirmières
aigries ravie de bouffer une étudiante au petit dejeuner.
Deux années, et sept stages jusqu'a maintenant. Certes il y en a eu des biens et je tiens à le souligner, pour toutes les personnes
géniales que j'ai rencontré et qui aiment leur métier ainsi que l'enseigner.Mais il y en a aussi eu des atroces, qui me font me demander comment certaines personnes peuvent se prétendre soignants
en étant aussi antipathiques.
Petit florilège des peaux de vache:
- il y a la jeune diplômée (3 ou 4 ans maximum), qui a eu son diplôme haut la main et qui du coup ne manque pas une occasion de s'en vanter, mais qui a du elle aussi apprendre le métier auprès
des pires peaux de vaches. Du coup, elle reproduit ce qu'elle a vécu sur nous parce qu'elle a attendu ça pendant 3 an et demi et que, apparemment, ça fait un bien fou.
- la grande gueule du service: elle a tout vu, tout vécu. C'est tout le temps elle qui parle pendant la pause café, a l'impression de passionner des foules en racontant sa vie et quand elle dit
quelque chose, elle a forcément raison. Ses collègues ne peuvent pas la blairer mais préfèrent la laisser débiter ses conneries plutôt que de la mettre en rogne. Une étudiante infirmière, c'est
pour elle l'occasion de montrer son autorité et sa grand expérience, donc tout les prétextes seront bons pour lui hurler dessus.- la faux cul: adorable, gentille, patiente, ne dit jamais autre
chose que des compliments.... sauf à la cadre pour mettre notre note de stage.
- celle qui n'encadre pas: elle nous laisse faire, s'en contre fiche complétement parce qu'elle a mieux à faire du genre regarder ses mails, passer des coups de fil perso, raconter des potins à
ses collègues... Seulement lorsque la chef lui demande comment ça se passe avec l'étudiante, il faut bien trouver quelque chose à dire... et là bizarrement c'est jamais en bien, même si elle a
rien vu.
Une journée de stage, c'est comme une boite de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber!Tout les matins, je partais la peur au
ventre en me demandant si aujourd'hui j'allais tomber sur l'infirmier super sympa ou sur la pauvre conne constipée.
Déjà, règle d'or, se présenter à TOUT LE MONDE dans le service: l'étudiante se transforme en stupide magnétophone répétant à chaque
personne: "alexandra étudiante infirmière 2ème année" avec un grand sourire. Petite étude statistique: lors de cette présentation 50% du personnel soignant se présente à son tour, 30% nous
ignore, 15% nous préviennent que de toute façon ils ne retiendront pas notre prénom, et 5% s'interesse réellement à nous en posant des questions.Il faut savoir que ce rituel de la présentation
est le tout premier ennemi de l'étudiante au sein du service. Une présentation ratée auprès d'une personne et cette dernière nous pourrira pendant un mois.
Deuxième règle incontournable: poser des milliers de questions. Quitte à passer pour une andouille, même si on connait les réponses,
qu'elles sont évidentes, peuimporte car la quantité sera préférée à la qualité. "C'est quoi ça? et ça? ça sert à quoi? pourquoi? comment?" La "curiosité intellectuelle" qu'ils appellent ça...
Non, pour eux ce n'est pas concevable de savoir des choses ou de préférer chercher la réponse soi même, si on demande pas, c'est forcément qu'on ne s'intéresse pas.
Et ce genre de règles, je pourrais vous en donner tellement. L'hopital et l’ifsi représente un milieu ou seule les apparences comptent.
Tout ce que vous pourrez y dire ou faire sera jugé, amplifié, déformé mais surtout analysé. Les cadres, infirmiers, formateurs pensent nous connaitre mieux que nous même et du coup se permettent
de décider à notre place de ce qui est mieux pour nous."Si vous croisez les bras cela veut dit que vous êtes fermée au dialogue, ce qui insinue que vous n’êtes pas fait pour travailler en équipe
là ou le dialogue est nécessaire, donc désolée mademoiselle mais va falloir penser à faire un autre métier... »J'exagère à peine je vous jure.
Certains croient que juste en nous rencontrant dans un bureau ils peuvent évaluer notre capacité à soigner. Ca fait peur.
Résultat, à causes de tous ces jugements et ces codes stupides, on se retrouve tout au long de nos études à jouer des rôles, et ces 3 ans
se résument alors en une immense pièce de théâtre ou notre personnalité se trouve complètement dénaturée pour essayer de rentrer dans le moule de la parfaite étudiante.
Après être passée par pas mal de services, je connais ma capacité à soigner et je sais de quoi je suis capable. Je sais ce que je
vaux sur le terrain et connais l'étendue de mes connaissances dans le domaine médical. C'est pourquoi je ne supporte pas d'entendre de la part de personnes qui ne me connaissent que par un relevé
de note que je n'ai pas le niveau pour passer dans l'année supérieure.
Je ne vois pas beaucoup de personnes qui seraient allé passer leurs évaluations malgré une intervention chirurgicale récente, ou encore
qui seraient allé en stage une semaine après une cure de chimio. Moi je l'ai fait, mais il parait quand même que je ne suis pas motivée. Après une dépression et un cancer dans la même année
scolaire, j'arrive à remonter quasiment toutes mes notes et me retrouve avec plus de 10 de moyenne. Mais non, il me manque 2,5 point pour passer la barre fatidique du 8/20, note éliminatoire, à
une seule évaluation.
A coté de ça, il parait aussi que si on rate une évaluation c'est qu'on est mauvais, forcément. Avoir un cancer n'entre en aucun cas dans la ligne de compte, et nous sommes donc noté à ce titre
comme les autres étudiants qui sont eux en pleine santé.
Parce que certains esprits sont rigides et vont parfois à l'encontre des valeurs qu'eux même nous enseignent, on me claque la porte de la
troisième année au nez, en me balançant toutes sortes d'excuses bidons et infondées (ah si pardon, il y a des bouts de papier avec des chiffres, le relevé de notes je crois) pour essayer de me
convaincre de mon incompétence.
Donc j'ai plus envie de continuer. A ce moment précis j'entends dejà ces mêmes personnes me dire "Dans ce cas c'est que vous n'êtes pas
motivée". hahaha.
Ca dépend, motivée pour quoi? Moi je suis motivée pour soigner les gens, pas pour me faire bouffer petit à petit par ce monde violent et ingrat qu'est l'hopital.
Alors si je peux soigner sans avoir à développer un cancer ou un ulcère tous les ans je suis preneuse. Etre motivée c'est une chose, mais j'ai appris cette année que la santé passe un peu
avant tout.
Oui, la premiere année de médecine je trouvais ça stressant... Mais depuis que je connais les stages infirmiers, je ne rêve que d'études
ou je serais tranquillement assise derrière mon bureau sans que personne ne vienne regarder ce que je fais et critiquer avec des remarques assassines.
Voici donc la fin de ce parcours. Deux ans d'école qui malheureusement représentent pour moi plus de souffrance que de bons moment.
Depuis jeudi je suis en colère, écoeurée par l'issu de cette année qui c'est finalement avérée inutile.
Et puis petit à petit, le dégout laisse place à un soulagement.
Et si c'était le moment? le moment d'enfin tout lacher pour faire autre chose! Avec pour motivation celle de réussir pour ne pas à avoir
à retourner à l'ifsi... pourquoi pas?
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